Une femme traquée, une autre séquestrée, un écrivain piégé par son héroïne, un enfant face à une nounou inquiétante… Dans leurs derniers romans, Louise Mey, Laura Lippman, Céline Denjean et Evelyn Piper jouent avec les codes du huis clos pour distiller une atmosphère oppressante et un suspense implacable. Tour d’horizon de quatre thrillers où l’air vient à manquer.
“34 m²” – Louise Mey, la claustrophobie comme terrain de jeu
Après La Deuxième Femme et Petite Sale, Louise Mey revient avec 34 m², un texte court mais d’une intensité redoutable. Juliette, rescapée d’une relation toxique, croit avoir enfin trouvé refuge dans son studio. Mais il suffit d’un parfum masculin familier, d’une silhouette dans l’embrasure de la porte, pour que ses 34 mètres carrés deviennent une prison où chaque geste peut sceller son destin. Mey joue sur l’économie de mots et d’espace, rendant l’étouffement tangible. Un huis clos terrifiant où le danger est partout, et surtout en face.
📖 34 m², Louise Mey, éd. Le Masque, 144 p., 14,90 €.
“Dream Girl” – Laura Lippman, cauchemar éveillé pour un écrivain déchu
Coincé dans son luxueux appartement de Baltimore après un accident, l’écrivain à succès Gerry Andersen se retrouve piégé par un appel anonyme. À l’autre bout du fil, une voix prétend être Aubrey, l’héroïne de son best-seller Dream Girl. Entre hallucination et menace réelle, Lippman construit un thriller où l’angoisse est autant psychologique que physique. Huis clos cérébral et grinçant, dans la lignée de Misery de Stephen King, ce roman joue avec la mise en abyme littéraire pour mieux enfermer le lecteur dans l’esprit troublé de son protagoniste.
📖 Dream Girl, Laura Lippman, traduit par Thierry Arson, éd. Actes Sud, 368 p., 22,80 €.
“La Mue” – Céline Denjean, entre captivité et enquête
Céline Denjean mêle deux intrigues parallèles : la major Louise Caumont enquête sur un meurtre dans une grotte, tandis qu’une femme, séquestrée par un mystérieux ravisseur qu’elle nomme “Le Fou”, lutte pour sa survie. L’autrice alterne les points de vue, renforçant l’urgence et l’oppression. Si la figure du psychopathe reste classique, l’efficacité du récit tient à sa tension permanente et au réalisme glaçant des scènes de captivité. Un thriller haletant qui ne laisse aucun répit.
📖 La Mue, Céline Denjean, éd. Michel Lafon, 400 p., 21,95 €.
“La Nounou” – Evelyn Piper, un classique du suspense hitchcockien
Réédité chez Denoël, La Nounou d’Evelyn Piper (1964) joue sur la peur enfantine et l’ambiance feutrée des intérieurs bourgeois. Joey, jeune garçon troublé par la mort de son frère, est persuadé que sa gouvernante veut l’éliminer. Est-ce la paranoïa d’un enfant marqué par un drame, ou une menace bien réelle ? Piper tisse un thriller psychologique au sein du foyer, avec un duel glaçant entre innocence et autorité. Une réédition qui prouve que la figure de la nounou inquiétante n’a rien perdu de son pouvoir de fascination.
📖 La Nounou, Evelyn Piper, traduit par Élisabeth Gille, éd. Denoël, 288 p., 22,50 €.
🎬 À voir aussi : Misery de Rob Reiner (1990) et The Hand That Rocks the Cradle (1992) pour des huis clos aussi oppressants à l’écran qu’en littérature.
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