Il y a des voix qui résonnent à travers les pages, des atmosphères qui transpercent les lignes. En France, quand on plonge dans l’Islande d’Arnaldur Indridason, c’est la plume d’Éric Boury qui guide nos pas dans la brume et le froid. Traducteur de l’islandais depuis plus de vingt ans, ce Berrichon revenu au pays est l’un des rares à faire ce grand écart entre les langues, entre les imaginaires.
Le traducteur invisible, mais essentiel
Sainte-Sévère-sur-Indre, un village bercé par les collines et l’ombre bienveillante de Jour de fête de Jacques Tati. C’est là qu’Éric Boury a reposé ses bagages après des décennies d’exil entre l’Islande et la Normandie. Loin des lumières des villes, il continue pourtant d’être un passeur, un faiseur de voix.
Traduire, ce n’est pas juste aligner des mots. C’est se fondre dans un texte, en absorber l’âme, avant de la faire renaître dans une autre langue. « La traduction absolue, ça n’existe pas », dit-il. Il faut trouver l’équilibre entre fidélité et recréation, entre respect et réinvention. Quand un lecteur français frissonne sous le vent glacé d’Indridason, c’est aussi grâce à lui.
L’Islande sous sa plume
Le noir islandais, il le connaît. Les solitudes, les silences lourds de neige, les secrets enfouis sous la glace. De La Cité des Jarres à Ce que savait la nuit, chaque roman d’Indridason qui frappe les tables des libraires français a d’abord traversé la machine mentale d’Éric Boury. Un travail de l’ombre, où chaque nuance compte.
Mais il ne traduit pas que le polar. Jón Kalman Stefánsson, Audur Ava Ólafsdóttir, d’autres voix islandaises passent par lui pour toucher le public francophone. Chaque texte est un défi, une plongée dans une langue qui joue avec l’implicite, le minimalisme, les sous-entendus. Il faut sentir les respirations, deviner ce qui n’est pas dit. Et le rendre avec justesse, sans le trahir.
Un retour aux racines
À 54 ans, après avoir passé plus de trente-cinq ans ailleurs, il a ressenti le besoin de revenir. Loin de l’effervescence, il a choisi la campagne, la douceur de son enfance. Un soir d’été, il s’est retrouvé devant Jour de fête, en plein air. L’orage a coupé la séance, mais peu importe. C’était une parenthèse parfaite, un moment suspendu.
Parce que même si son quotidien est fait de mots venus du Nord, c’est ici, dans le Berry, que son ancre est plantée. Là où la lumière est différente, où les collines murmurent encore des souvenirs d’enfance. Et où, entre deux traductions, il retrouve cette simplicité qui fait tout tenir debout.
📖 Dernière traduction : Ce que savait la nuit, Arnaldur Indridason, éd. Métailié, 21 €.
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