La nuit tombe, la pluie fouette l’asphalte, et les sirènes hurlent au loin. Olivier Marchal est de retour, et il n’a rien perdu de sa rage. Bastion 36, son nouveau polar, débarque sur Netflix comme un coup de boutoir en pleine mâchoire. Un thriller sombre, brutal, taillé à la serpe, où la vérité n’existe que dans les interstices de la violence et de la corruption.
Retour aux sources : le polar sale, rugueux, sans concession
Marchal ne fait pas dans la dentelle, et c’est tant mieux. Après des incursions plus dispensables (Bronx, Overdose), il revient à l’ADN pur du polar à la française. Bastion 36 transpire la rue, le bitume, la trahison. L’histoire ? Un flic brisé, Antoine Cerda (Victor Belmondo), mis au placard après une sanction disciplinaire. Six mois plus tard, ses anciens collègues disparaissent un à un. Il décide de plonger tête baissée dans l’enquête, en solo, avec une seule certitude : plus il creuse, plus ça pue.
Marchal n’a jamais raconté une police propre. Il en montre les failles, les pactes de silence, les coups bas. Il sait que la frontière entre le bleu et le noir est mince, que le mal est partout. Bastion 36 n’échappe pas à la règle : c’est violent, frontal, sans pitié. À la manière d’un 36 Quai des Orfèvres, tout est écrit à l’encre du désenchantement. La guerre des polices fait rage, la morale se dissout, et le monde d’Antoine Cerda est un champ de ruines.
Victor Belmondo cogne fort, Tewfik Jallab impressionne
Si le film frappe, c’est aussi parce que Marchal sait diriger ses acteurs. Victor Belmondo, petit-fils du Magnifique, lâche les sourires charmeurs et encaisse comme un boxeur en fin de carrière. Son personnage est un chien blessé, au bord de l’implosion, mais qui n’a pas encore lâché la meute. Tewfik Jallab, lui, livre une performance tendue, habitée, prouvant une nouvelle fois qu’il est l’un des acteurs les plus solides du moment.
Côté mise en scène, Marchal ne lésine pas. Budget de 15 millions d’euros oblige, il se permet des séquences spectaculaires, dont une ouverture magistrale sous une pluie battante. L’action est sèche, les coups de feu claquent, et même si le film ne révolutionne pas le genre, il le fait vivre avec un réalisme brut.
Un polar qui ne lâche jamais sa proie
Pas de faux espoir dans Bastion 36. L’univers de Marchal reste ce qu’il a toujours été : un précipice. La tension est constante, l’atmosphère poisseuse, et la dernière partie du film réserve quelques surprises… dont on se gardera bien de parler ici.
Si vous aimez les polars nerveux, les flics à la dérive, et les balles qui pleuvent plus que les décorations, Bastion 36 est pour vous. Marchal n’a peut-être plus son insigne, mais il continue de faire ce qu’il sait faire de mieux : raconter la noirceur avec une précision chirurgicale.
📺 Bastion 36, disponible sur Netflix dès le 28 février 2025.
📖 Flics Requiem, polar de Michel Tourscher, éditions Prisma, 305 p., 19,95 €.
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