Le Corniaud : L’incroyable histoire vraie derrière le classique du cinéma français

 


Publié le 20 février 2025 à 11h00

“C’est une belle voiture ça, hein ?” – Cette réplique culte de Le Corniaud (1965), avec le duo mythique Louis de Funès et Bourvil, cache une histoire bien plus sombre que les mésaventures comiques de ce film. Derrière le ton léger et les cascades hilarantes, Le Corniaud s’inspire d’une affaire criminelle réelle : l’affaire Jacques Angelvin, un présentateur télé français pris au piège d’un trafic international de drogue.


De la télé à la contrebande : la chute de Jacques Angelvin

En 1962, Jacques Angelvin est une figure médiatique montante en France. Animateur charismatique et apprécié du public, il est loin de se douter que sa vie va basculer lors d’un séjour aux États-Unis.

L’affaire débute lorsque les douanes américaines arrêtent Angelvin à New York, après avoir découvert une quantité importante d’héroïne cachée dans sa voiture de location, une luxueuse Cadillac Eldorado. Le scénario rappelle étrangement celui du futur Corniaud : un homme ordinaire, pris malgré lui dans un trafic international de drogue, transportant sans le savoir des stupéfiants dissimulés dans son véhicule.

Angelvin clame alors son innocence, affirmant être manipulé et victime d’une arnaque. Les enquêteurs sont sceptiques, et l’affaire prend rapidement une tournure médiatique. Le scandale éclabousse les plateaux télé et fait les gros titres des journaux.


De l’affaire criminelle au film culte

Gérard Oury, alors en quête d’un scénario original, entend parler de cette affaire. Il y voit le point de départ idéal pour un film comique : un homme naïf, manipulé par des trafiquants, embarqué dans une aventure rocambolesque à travers l’Europe. Mais plutôt que de s’attarder sur le côté sombre du fait divers, Oury choisit la comédie.

Ainsi naît Le CorniaudBourvil incarne le rôle du “corniaud” naïf, Antoine Maréchal, tandis que Louis de Funès joue Léopold Saroyan, un trafiquant sans scrupules. Le film reprend l’idée du véhicule rempli de marchandises illégales — en l’occurrence ici, des bijoux, de l’or et de la drogue — cachées dans une somptueuse Cadillac.

Le long-métrage s’éloigne de l’affaire Angelvin pour en faire une comédie burlesque, ponctuée de scènes devenues cultes (la 2CV accidentée, le road trip en Cadillac, les échanges savoureux entre Bourvil et De Funès).


Un succès populaire… et une affaire toujours mystérieuse

Sorti en 1965, Le Corniaud est un triomphe immédiat, réunissant plus de 11 millions de spectateurs en France. Le duo Bourvil/De Funès fonctionne à merveille, et le film reste l’un des plus grands succès du cinéma français.

Quant à Jacques Angelvin, il sera finalement condamné aux États-Unis à plusieurs années de prison. Son rôle exact dans le trafic reste flou : victime naïve ou complice ? Les zones d’ombre persistent. Après avoir purgé sa peine, il retournera en France et reprendra discrètement sa carrière.


Entre réalité et fiction : quand le polar inspire la comédie

Le Corniaud est l’exemple parfait de ces films qui s’inspirent de faits divers pour en tirer des histoires totalement différentes. Là où l’affaire Angelvin révèle les dangers et les manipulations du trafic international, Gérard Oury préfère en faire une farce légère, offrant au public un moment de pur divertissement.

Cinquante ans plus tard, Le Corniaud continue de séduire toutes les générations, tout en portant dans ses gènes l’ombre d’un véritable polar.

Et si derrière chaque comédie culte se cachait une histoire bien plus sombre ?



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