Journal de guerre : quand le polar se frotte au réel




Le polar, c’est la fiction qui éclaire les ombres du monde. Mais que se passe-t-il quand les ténèbres sont si denses que les auteurs délaissent l’imaginaire pour plonger dans la réalité brute ? En ce début d'année, deux maîtres du noir troquent intrigues et fictions contre le témoignage direct, livrant des journaux de guerre où la plume devient arme et bouclier.

Dror Mishani : Israël après le 7 octobre

Dror Mishani, l’auteur israélien de la saga Avraham Avraham, délaisse les enquêtes pour livrer Au ras du sol: journal d’un écrivain en temps de guerre (Gallimard), en librairie début mars. Un texte brut, où il raconte Israël dans le chaos post-7 octobre. Un territoire ravagé où la littérature devient refuge et résistance. Entre récits du quotidien et réflexions sur l’utilité des mots quand le monde vacille, Mishani offre une plongée intime et bouleversante.

Andreï Kourkov : l’Ukraine sous les bombes

De l’autre côté du front, Andreï Kourkov, l’auteur du Pingouin, chronique Notre guerre quotidienne (Noir sur Blanc). Deux ans de guerre en Ukraine, du 24 février 2022 au 24 février 2024, où il mêle fragments du quotidien et décryptages acérés d’un conflit dévastateur. Dans ses pages, la grande Histoire se heurte aux détails intimes : une sirène d’alerte, un repas improvisé, un éclat d’obus. Kourkov n’écrit plus le roman, il l’incarne.

Pour ceux que le sort de l’Ukraine bouleverse, impossible de passer à côté des romans noirs de Benoît Vitkine, Donbass et Les Loups, réédités au Livre de poche. Du polar pur jus, où la fiction se nourrit du réel le plus cru.


S’évader sans fuir : le polar qui fait voyager

Envie de respirer loin des champs de bataille ? Deux auteurs de la mythique Série Noire, qui souffle cette année ses 80 bougies, nous embarquent pour un dépaysement sombre et addictif.

Marin Ledun, d'abord, nous plante son dernier polar, Henua, au cœur des îles Marquises. Mais oubliez les cartes postales : ici, drogue, braconnage et prostitution salissent les lagons. Un roman dur et poétique, à lire les pieds dans le sable, les nerfs en vrac.

En avril, cap vers les îles Féroé avec Grindadráp de Caryl Férey. Orques, traditions sanglantes et thriller haletant : du grand Férey, sauvage et viscéral. Rien de tel pour couper du monde tout en le scrutant de près.


Le polar français : une déferlante

Frédéric Paulin explose tout avec Nul ennemi comme un frère (Agullo), premier tome de sa trilogie sur le Liban, qui rafle le Prix Mystère de la critique. Du grand Paulin : rigoureux, engagé, tendu comme un arc.

Et que dire de Benjamin Dierstein et son Bleus, Blancs, Rouges (Flammarion) ? Le premier tome d’une trilogie brutale sur les années 70 en France. Imaginez James Ellroy débarquant à Paris, un flingue dans une main, un Ricard dans l’autre. Du polar énervé et politique, où la France giscardienne est disséquée comme un cadavre sur une table d’autopsie.

Et pour les amateurs de thrillers historiques, Jean-Christophe Grangé boucle sa fresque Sans soleil (Albin Michel), plongée glaçante dans les années 80 et l’apparition du sida. Du Grangé pur jus, noir et poisseux.


Les pépites à ne pas manquer

  • Antoine, un fils aimant de Sandrine Cohen : Clélia, l’enquêtrice la plus allumée du polar français, revient pour une plongée dans la transmission de la violence. Ça picole, ça baise, ça fonce, et c’est jouissif.

  • Etincelles rebelles de Macodou Attolodé : corruption et narcotrafic en Casamance. Un premier roman dense et captivant.

  • Chiens des Ozarks d’Eli Cranor : l’Amérique profonde post-Trump vue par le prisme du noir le plus sombre. Violent et mordant.

  • Châtiment de Céline Denjean : Tarbes, une communauté catholique tradi, et une double enquête où les secrets puent le rance. Du polar français qui gratte où ça fait mal.


Les festivals à surveiller

La France adore ses festivals de polars. Petit tour d’horizon :

  • Bloody Fleury (Calvados) – du 7 au 9 mars : Olivier Norek et Patricia Tourancheau en tête d’affiche.
  • Polar Beer (Paris XIXe) – le 15 mars : polar et houblon, combo gagnant.
  • Polar Lens (Pas-de-Calais) – 22 et 23 mars : Céline Denjean et d’autres pointures à l’affiche.

80 ans de la Série Noire : la fête continue

80 piges et toujours aussi rebelle. La Série Noire, ce monument du polar français, célèbre ses 80 ans cette année. Préparez-vous à des rééditions collector, des inédits et des hommages en pagaille. On vous en reparle très vite.


Le polar, en 2024, c’est ça : un miroir du monde, souvent brisé, parfois déformant, mais toujours révélateur. Entre journaux de guerre, voyages au bout de l’enfer et fictions engagées, il y en a pour tous les goûts. Alors, foncez en librairie, lisez noir, lisez fort.

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